Retour sur la conférence donnée par Richard Matthew STALLMAN (alias RMS) le 12 mai 2015 à Brest.

Sujet : logiciel libre et éducation.
Organisée par : La Cantine,  les Chats Cosmiques et Maison du Libre.

Pour ceux qui ne connaissent pas RMS, voir le lien vers son site web en bas de l’article. En bref :
Programmeur et militant du logiciel libre. Initiateur du mouvement du logiciel libre (FSF : Free Software Foundation) et du projet GNU. Programmeur renommé, initiateur notamment de : GNU Emacs, compilateur GNU C, débogueur GNU, moteur de production GNU Make.

rms

Petite introduction (post-conférence) par RMS en personne :
Je défends la liberté informatique et je ne la cède pas pour la commodité. Moi je fais toujours les choix pragmatiques, afin de réaliser mes buts. Quels sont mes buts ? J’ai des buts moraux et des buts pratiques. En tout cas j’agis pour les réaliser, pas seulement symboliquement. J’ai développé le système GNU, pas une cérémonie magique. Je suis pour la rentabilité, pour l’efficacité, pour la fiabilité, et enfin pour le capitalisme, sauf dans les cas où quelque raison plus profonde et importante prend la priorité et impose une autre conclusion — par exemple, les Droits de l’Humain ou le bien-être des gents qui souffrent.

Les libertés fondamentales du logiciel libre : Liberté Égalité Fraternité.
RMS a commencé par un rappel sur les libertés fondamentales liées aux logiciels, qu’il qualifie de « droits humains ». Pour résumer, il dit : logiciel libre = liberté égalité fraternité. Il précise ensuite les quatre libertés inhérentes au logiciel libre :
– exécuter le programme comme tu veux, dans n’importe quel but,
– étudier le code source du programme et le changer pour qu’il fasse ton activité informatique comme tu veux,
– liberté de faire des copies exactes pour les donner ou les vendre aux autres quand tu veux,
– liberté de faire des copies de tes versions modifiées pour les donner ou les vendre aux autres quand tu veux.
Pour RMS, ces libertés doivent être inaliénables. C’est une question de morale.

Les logiciels privateurs : la colonisation numérique en marche.
RMS compare le logiciel privateur à la colonisation numérique. C’est un moyen de diviser les gens pour les contrôler. Il faut donc éliminer le logiciel privateur, qui implique l’injustice et qui ne devrait donc pas exister. RMS pense qu’un logiciel privateur est pire que l’absence de logiciel. Ainsi, quand on a le choix de travailler pour un logiciel privateur, il vaut mieux ne rien faire, car il faut au moins ne pas faire le mal.

Les logiciels privateurs : l’informatique pour les pigeons.
RMS nous dit que les logiciels privateurs sont très souvent maliciel (logiciel malveillant, malware en anglais)  et nous donne plusieurs exemples. Le propriétaire du logiciel privateur exerce un pouvoir et en est conscient. Ce n’était pas le cas lors du lancement de la FSF en 1985 (ndlr : qui aura 30 ans ce 4 octobre). Les développeurs avaient alors le désir de servir les utilisateurs. Mais aujourd’hui il est devenu normal de développer un programme pour prendre avantage des utilisateurs, pour les avoir. C’est à dire introduire des fonctionnalités malveillantes :
– flicage,
– astreinte (DRM),
– portes dérobées,
– censure.
RMS qualifie MS W******s de maliciel universel, parce qu’il contient une porte dérobée universelle, par laquelle Microsoft peut imposer à distance n’importe quel changement. Et pour résumer :
– c’est le pouvoir qui corrompt le propriétaire d’un programme,
– le logiciel libre est la seule base de toute sécurité informatique, parce qu’un programme privateur manque totalement de sécurité face à son propriétaire.
– le logiciel privateur fait l’informatique aux pigeons.

GNU is not unix : il manque très souvent un gnou à côté d’un manchot !
Grâce à de nombreux jeux de mots sur « gnu » et « new », faits par d’autres depuis avant sa naissance (mais jamais par RMS), le mot « gnu » est associé avec l’humour. RMS veut que l’on prononce « gnou » avec un G « dur » ainsi qu’il l’a toujours fait (remarque : il s’agit uniquement de la manière de prononcer le nom du système GNU, pas le nom de l’animal). RMS insiste sur le fait que Linux n’est qu’un des noyaux avec lesquels GNU s’utilise (exemples d’autres noyaux avec lesquels GNU s’utilise : le noyau de FreeBSD, le noyau GNU Mach/GNU Hurd). Il faut ainsi dire GNU Linux (et écrire GNU-Linux) afin de ne pas assimiler tout le travail accompli par la FSF à quelqu’un d’autre (en l’occurrence Linus TORVALDS). Plus qu’un manchot, nous devrions avoir un gnou sur nos bureaux, car nos systèmes sont plutôt GNU que Linux.

Logiciel libre vs open source : une question de vision des choses.
Le logiciel libre implique que tu es moralement obligé de respecter les libertés des utilisateurs (valeurs morales). La position du logiciel open source, c’est : nous recommandons d’utiliser notre méthode, le code sera meilleur (commodité, rentabilité, efficacité).
RMS rappelle qu’une distribution est une collection de composants. Pour respecter les libertés des utilisateurs, il faut que chaque composant soit libre. Voir le lien vers la liste des distributions validées par le projet GNU en fin d’article. RMS enfonce le clou : les valeurs de quelqu’un ont un effet dans les actes. Il ne faut pas échanger la liberté pour la commodité ! Il n’y a rien de plus important que de diffuser les droits humains dans l’informatique.

L’éducation et l’enseignement du logiciel libre : une obligation de mission sociale de l’école.
RMS pense que toutes les activités éducatives doivent enseigner uniquement du logiciel libre. L’enseignement d’un programme privateur est une mauvaise éducation car c’est engendrer une dépendance envers le propriétaire. Cela va à l’encontre de la mission sociale de l’école. RMS nous donne une raison supplémentaire : certains ont un don de programmation (entre 10 et 13 ans). Et ont le désir de savoir comment sont faites les choses. Si l’enfant demande comment est fait un programme privateur, le professeur répond : on se peut pas le savoir, c’est secret… Alors qu’avec un logiciel libre, l’enfant pourra apprendre comment est fait le logiciel, et pourra se faire aider par son professeur. Dans le contexte des grands programmes (qui présentent des défis spécifiques qui n’apparaissent pas dans les petits programmes), seul le logiciel libre permet d’écrire de petits changements dans des programmes existants pour débuter, puis des changements plus grands, etc. Les seuls programmes privateurs qui devraient être présents dans les écoles devraient être là pour faire de l’ingénierie inverse. Les œuvres éducatives (ex : livres d’éducation) devraient être libres. Et l’école ne devrait pas être autorisée à créer un compte au nom de l’étudiant chez une entreprise, ou d’utiliser un logiciel qui envoie des données de l’étudiant à des entreprises.

Divers en passant : JavaScript privateur, SAAS, flicage et démocratie.
– Il faut rejeter les programmes privateurs du navigateur. Pour cela il y a un greffon pour firefox : LibreJS.
– Le SAAS (service comme substitut au logiciel), c’est confier ton activité informatique au serveur d’un autre. Cela implique la même injustice que le logiciel privateur.
– Le niveau actuel de flicage est incompatible avec la démocratie (identification des lanceurs d’alerte).

Église GNU Emacs : un bon délire de gourou geek.
Tel Sangoku se transformant en Super Saiyan, RMS enfila sa toge et se coiffa de son auréole (ndlr : plateau de disque dur quisfaitpu). Il prit ainsi son « autre identité » : Saint IGNUcius. J’ai relevé cette citation qui a déclenché le rire général de l’assistance : « l’utilisation d’un logiciel libre Vi n’est pas considéré comme un péché par l’église Emacs, mais plutôt comme une pénitence » :-)

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Article rédigé par Gautier HUSSON pour Liberasys – HUSSON CONSULTING SAS.
Article relu et corrigé par Jeanne RASATA, adjointe aux programmes de la Free Software Foundation.
Article relu et corrigé par Richard STALLMAN en personne.
Article sous license CC BY-ND 4.0 (afin de garder les propos de Richard STALLMAN exacts). Voir lien en bas de page.

PS : merci à Jeanne RASATA pour ses corrections, et un grand merci à Richard STALLMAN qui a passé du temps pour parfaire cet article.

Liens :
Biographie de RMS sur son site web : https://stallman.org/biographies.html#serious
Liste des distributions validées comme libres par GNU : http://www.gnu.org/distros/free-distros.fr.html
Greffon firefox pour détecter les scripts JavaScript privateurs : http://www.gnu.org/software/librejs/
Eglise d’EMACS : https://stallman.org/saint.html
license CC BY-ND 4.0 : https://creativecommons.org/licenses/by-nd/4.0/

 

Ajout par FredL : Vidéos de la conférence.

http://media.leschatscosmiques.net
Malheureusement la plateforme d’hébergement des vidéos même si elle est basée sur le CMS libre SPIP semble utiliser du JavaScript privateur (et puis c’est toujours mieux que youtube) mais des liens direct vers les fichiers restent accessibles donc je pense que cela devrait satisfaire  les conditions de publication de Richard. Accessoirement les vidéos originales sont disponibles sur le tracker suivant : http://tracker.drakonix.net:8082/